« Dans la richesse divine de ton silence, plénitude capable de tout combler en mon âme.
Fais taire en moi ce qui n’est pas toi, ce qui n’est pas ta présence toute pure, toute solitaire, toute paisible.
Impose silence à mes désirs, à mes caprices, à mes rêves d’évasion, à la violence de mes passions.
Couvre par ton silence, la voix de mes revendications, de mes plaintes.
Imprègne de ton silence ma nature trop impatiente de parler, trop portée à l’action extérieure et bruyante.
Impose même silence à ma prière, pour quelle soit élan vers toi ; Fais descendre ton silence jusqu’au fond de mon être et fais remonter ce silence vers toi en hommage d’amour
La Nuit obscure
Dans une nuit obscure,
par un désir d’amour tout embrasée
Oh ! l’heureuse aventure !
Je sortis sans être vue,
Ma maison étant désormais apaisée
Dans l’obscure et en sûreté,
Par l’échelle secrète déguisée,
Oh ! l’heureuse aventure !
A l’obscure et en cachette,
Ma maison étant désormais apaisée.
Au sein de la nuit bénie,
En secret - car nul ne me voyait,
Ni moi je ne voyais rien
Sans autre lueur ni guide
Hors celle qui brûlait en mon cœur
Et celle-ci me guidait,
Plus sûre que celle du midi,
là où m’attendait
Que je connaissais déjà,
Sans que nul en ce lieu ne parût.
O nuit qui m’a guidée !
O nuit plus aimable que l’aurore !
O nuit qui as uni
L’Aimé avec son aimée,
L’aimée en son Aimé transformée
Sur mon cœur couvert de fleurs,
Qui entier pour lui seul se gardait,
Là il s’endormit
Et moi je le caressais,
Et l’éventail de cèdres aérait
L’air du créneau,
Quand moi j’écartais ses cheveux,
De sa main sereine,
Au cou me blessait,
Et tous mes sens tenait en suspend.
Je me tins coi, dans l’oubli,
Le visage penché sur l’Aimé.
Tout cessa. Je m’abandonnai,
Abandonnant mon souci,
Parmi les lis, oublié.
Vive Flamme d’Amour
Ô Flamme d’amour vive
Qui tendrement blesse
Mon âme au plus profond centre !
Puisque maintenant n’es plus tourment
Achève maintenant si tu veux,
Déchire la toile de cette douce rencontre !
Ô cautère suave !
Ô caressante plaie !
Ô main agréable ! ô touche délicate
Qui de vie éternelle a saveur
Et toute dette paye !
En tuant, mort en vie changeas.
O lampes de feu
Dans lesquels éclats
Les profondes cavernes du sens,
Qui étaient obscures et aveugles,
Avec d’étranges habiletés
Chaleur et lumière ensemble donnent à son ami !
Combien paisible et amoureux
T’éveilles-tu en mon sein
Où secrètement seul tu demeures,
Et en ton souffle savoureux
De bien et de gloire remplis,
Combien délicatement tu rends amoureux !
Cantique Spirituel
Ce poème composé de 40 strophes exprime, à l’image du Cantique des cantiques dans la Bible, la quête du Bien-Aimé et la rencontre, avec le symbolisme du mariage spirituel. Voici les cinq premières strophes :
Où t’es-tu caché
aimé et me laissant gémissante ?
comme le cerf tu t’es enfui
m’ayant blessée
je sortis après toi en clamant, et tu étais parti.
Pasteurs vous qui allez
là-haut par les bergeries vers le sommet
si d’aventure vous voyez
celui que moi tant j’aime
Dites-lui que je languis, je peine, et je meurs.
Cherchant mes amours
j’irai par ces monts et rivages
je ne cueillerai pas les fleurs
je ne craindrai pas les fauves
et je passerai les forts et frontières.
Ô forêts et sous-bois :
plantés par la main de l’aimé
ô pré de verdures,
de fleurs émaillés !
Dites si parmi vous il est passé.
Mille grâces répandant
Il est passé par ces bois avec presse
et allant en les regardant
de sa seule figure
Vétus les a laissé de beauté.
Voici la Prière « Prends-moi, Seigneur, dans la richesse divine de ton silence» de Saint Jean de la Croix (1542-1591), Docteur de l’Église Catholique, Carme, Mystique espagnol, Ami et contemporain de Sainte Thérèse d’Avila.
« Prends-moi, Seigneur, dans la richesse divine de ton silence, plénitude capable de tout combler en mon âme. Fais taire en moi ce qui n’est pas toi, ce qui n’est pas ta présence toute pure, toute solitaire, toute paisible. Impose silence à mes désirs, à mes caprices, à mes rêves d’évasion, à la violence de mes passions. Couvre par ton silence, la voix de mes revendications, de mes plaintes. Imprègne de ton silence ma nature trop impatiente de parler, trop portée à l’action extérieure et bruyante. Impose même silence à ma prière, pour qu’elle soit élan vers toi ; Fais descendre ton silence jusqu’au fond de mon être et fais remonter ce silence vers toi en hommage d’amour ! Amen. »
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