Introduction
Dans notre monde aujourd'hui, il n'est pas rare de constater que le baptême se résume trop souvent à une célébration à l'Eglise suivie d'une séance de photos et d'une grande fête entre les parents et les amis. Parfois même, la fin d'une cérémonie peut prendre une connotation spectaculaire. Effectivement une salve d'applaudissements peut se déclencher à l'intention du curé comme pour le remercier de sa belle prestation d'officiant. Sans vouloir condamner de manière absolue cette perception du sacrement, qui a, sans nul doute, sa place aussi chez le chrétien, plusieurs questions s'imposent, néanmoins. Est-ce bien cela, l'essentiel de cet acte liturgique ?
Le baptême, sacrement fondamental qui nous mène vers le Christ
Dans l'Antiquité, les fidèles vivaient intensément la liturgie. A l'époque médiévale, malheureusement, les fidèles étaient alors souvent privés de la vue de l’autel, dont ils s'étaient séparés par un jubé. C'est en spectateurs muets qu'ils assistaient aux célébrations des actes sacramentaux. Ils sont donc devenus, bien malgré eux, étrangers à une liturgie dont ils ne saisissaient plus le langage. Or, pour que le baptême converge vers la vie spirituelle, les chrétiens ne doivent pas être uniquement spectateurs pendant l'acte rituel. Les papes qui se sont succédé par la suite ont montré toute l'importance de la participation active de l'assemblée aux célébrations liturgiques. Le texte de Sacrosanctum Concilium N14 insiste beaucoup à la fois sur « le droit et le devoir du chrétien, en vertu du baptême reçu, de participer activement aux actes liturgiques. » C'est le pape Pie X qui, en 1903, bien avant le Concile de Vatican II, dans le motu proprio Tra le sollecitudini sur la musique sacrée, évoque la « participation active aux mystères et à la prière officielle et solennelle de l'Église » pour qualifier la place des laïcs dans la liturgie. Comment cette participation active au baptême peut-elle se traduire ?
La première dimension de cette participation active au baptême est extérieure. Tous les aspects ostensibles du baptême (attitudes corporelles, gestes, réponses, écoute) sont concernés. L'officiant doit aménager l'espace liturgique de telle sorte que les fidèles deviennent acteurs pendant la célébration. Il favorisera les acclamations, les réponses de l'assemblée. Il attribuera des rôles spécifiques aux parents, à la marraine et aux parents. Une préparation en amont de la célébration de ce sacrement est nécessaire.
Le baptême, premier sacrement, concrétise l'Alliance que Dieu a passé avec chaque homme dans son histoire. Le baptême est une rencontre, une expérience avec Dieu. La célébration du baptême est donc une action sacrée. Elle doit être ponctuée par des moments de silence propices à l'intériorisation. En effet, c'est de manière consciente et intelligente que le chrétien doit y participer. La dimension extérieure du rite, si importante soit elle, incontournable, ne suffit pas, elle seule, à donner au baptême, toute sa plénitude spirituelle. Le but du baptême est de faire accéder le croyant au mystère de Dieu. Or le mystère de Dieu ne se donne pas à se connaître facilement. La compréhension de la Passion du Christ n'est pas d'emblée une donnée saisissable. Effectivement, la dimension spirituelle du baptême n'est pas naturellement perceptible. Saint Augustin prétend qu'un sacrement est » la forme visible d'une grâce invisible”. En effet, le chrétien doit aller au-delà de ce qu'il voit. Il est convié à dépasser le cadre des réalités sensibles pour entrer dans l'intériorité de Jésus Christ par la foi en sa Parole. C’est ce qu’on appelle le sensus fidéi1 ou le sens de la foi qui nécessite l’effort conjugué de la foi et de l’intelligence pour comprendre la Parole divine. En recevant ce sacrement, nous acceptons la présence du Saint Esprit en nous. Du grec «« pneuma » ou «ruah» en « hébreu” l'esprit connote le vent, le souffle. C'est cette image que nous donne les Saintes Ecritures : “L’Éternel Dieu forma l’homme de la poussière de la terre, il souffla dans ses narines un souffle de vie, et l’homme devint un être vivant.” 2 . Jésus révèle que l'esprit est invisible comme le vent que l'on peut deviner que par ses effets.
1 Le sensus fidéi signifie simplement qu’il n’est pas une connaissance par concepts et procédures rationnelles propre à la théologie. C’est une sorte de connaissance spontanée, inspirée par l’Esprit Saint, une perception intérieure de ce qui est juste, vrai et bon
2 Gen 2, V7
Le baptême trouve donc tout son sens quand elle prend le chemin de la vie spirituelle. Comme les sept autres sacrements, il ne doit pas être une fin en soi. Parler du baptême c'est donc procéder à une analyse profonde de notre relation à Dieu. Il s'agit bien de ne pas parler ni du sacrement et ni de la vie spirituelle en général. L'objectif c'est bien d'établir la convergence entre les deux notions. Dans sa lettre pour le 25éme anniversaire de la Constitution de la liturgie, le Saint Père Jean Paul II résume bien la convergence entre liturgie et vie spirituelle3. C'est donc de manière implicite que le chrétien est invité à saisir cette intériorité que revêt le sacrement du baptême. « Je te baptise, au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit » Cette parole prononcée pendant la célébration est la même que celle de Dieu, quand il s'adressa à ses disciples « allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.”4. Cette parole valide le sacrement du baptême. L'eau baptismale généralement utilisée symbolise la marche du baptisé dans les pas du Christ. L'habit blanc que le baptisé porte le jour du baptême symbolise la pureté. Il est rattaché à la sainteté du Christ.
Par le baptême, nous répondons à l'invitation de Dieu qui nous aime et veut notre salut. En effet, en recevant le baptême, notre corps devient le Temple de la troisième personne de la Trinité. Ainsi d'après Saint Paul l'homme devient « une nouvelle créature »5 en quittant les habits du « Vieil Homme ». La rencontre avec Dieu n'est pas un événement comme les autres. Elle change radicalement la vie du baptisé. Le baptême est une expérience pascale. Il consiste pour le baptisé à plonger dans la mort du Crucifié pour ressusciter avec Lui. C'est la victoire de la vie sur la mort du péché. Le baptême, certes, est un engagement personnel pour celui qu'il le reçoit. Il constitue en cela, un acte individuel plein de signification. Pour le baptisé, c'est l'affirmation de sa foi au Christ. Ce sacrement ne peut, cependant, pas être dissocié de sa dimension ecclésiale. L'Eglise célèbre le baptême par l'un de ses ministres. Saint Cyprien de Carthage affirma avec force que « hors de l'Eglise, il n'y a de salut pour personne »6 et que Le baptême revêt donc une dimension communautaire. Il n'a pas toujours été perçu comme tel. Les familles ont souvent envisagé la célébration comme une affaire purement familiale. Il faut les aider à passer d'une approche privée du baptême à l'aspect communautaire. Plusieurs actions mises en oeuvre dans les paroisses méritent d'être soulignées : la rencontre avec les parents avant la célébration, l'organisation du baptême de plusieurs enfants en même temps constituent une avancée dans la perception ecclésiale du baptême.
Le baptême ne se résume non plus pas un événement, à un instant précis, dans la vie du baptisé. La vie chrétienne se prolonge et se construit jour après jour. Malheureusement, souvent des parents d'enfants baptisés ou qui ont reçu la communion ne viennent plus à la messe. La réception du baptême ne met pas un terme au cheminement dans la foi. La vie spirituelle ne peut se contenter, non plus, d'être uniquement un investissement dans une paroisse. Ce sont souvent des constats regrettables. Le baptême constitue une véritable conversion, un changement de vie qui conduit tout chrétien à imiter le Christ. Comment ? Se nourrir de sa Parole, de la prière, du Pain partagé dans la fraternité selon le modèle et l'exemple du Fils de Dieu.
3 « Parce que la liturgie est l'exercice du sacerdoce du Christ, il est nécessaire de maintenir toujours vive l'affirmation vive du disciple devant la présence mystérieuse du Christ : C'est le Seigneur (Jean,21 .7) . Rien de ce que nous faisons, nous, dans la liturgie, ne peut apparaître plus important que ce fait le Christ invisiblement, mais réellement par son esprit. La foi vive conduisant à l'amour, à l'adoration, la louange du Père,et le silence de la contemplation seront toujours les premiers objectifs que devra atteindre une pastorale liturgique et sacramentelle (Jean Paul II, Lettre apostolique pour le 25ème anniversaire de « Sacrosanctum Concilium sur la Sainte liturgie du 14 mai 1989,
DC 1985 ( 4juin 1989) 518-524, n°10,P. 529
4 Mathieu28,19
5 Epître de Saint Paul aux Corinthiens 5 :17
6 Saint Cyprien de Carthage, Epistula 4
Conclusion
A travers cette analyse, nous pouvons en tirer plusieurs enseignements. Le baptême ne saurait se réduire qu'à une réunion de fidèles à l'église. Cet acte liturgique demande que les baptisés soient acteurs de ce qu'ils vivent pendant la célébration. La participation active du chrétien au rite baptismal donne au baptême tout son sens. Participer activement ne signifie pas pour autant tout faire lors de la célébration. La vraie participation consiste avant tout pour le chrétien de participer au mystère pascal du Christ pour devenir membre de son corps. Le chrétien à la foi authentique est convié donc à entrer en communication avec la kénose du Fils de Dieu. Suivre ce chemin pascal nécessite de se dépouiller du vieil homme qui était en nous par la conversion de nos coeurs
THEO LOGOS DE LA CROIX
( extrait)
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