
"Nous partons pour notre peuple"
1.Introduction
L'éducation, l'environnement, nos sens des valeurs influent sur les décisions, les choix de vie de chacun de nous, sur terre. Dans le bouleversement de sa vie, Edith Stein a emprunté plusieurs chemins, pour rechercher la vérité qui a toujours été une constante dans ses investigations. Comme son prédécesseur, Thérèse d'Avila, dont elle s'en est fortement inspirée, Edith a connu un long cheminement spirituel fait de beaucoup d'interrogations, avant sa dévotion totale à Dieu. L'analyse des étapes majeures de sa vie tentera donc de démontrer comment cette sainte a su, de manière remarquable, concilier ses idées p hilosophiques avec sa vie spirituelle. Cette étude, permettra également de décrypter également le message sténien pour les catholiquesd'aujourd'hui.
2. Une recherche perpétuelle de la vérité.
2.1. Une quête de vérité sans Dieu
Edith STEIN est née à Breslau en 1891. Sa naissance, le jour de la Yom Kippour1 fut perçue par sa mère comme une prédiction divine. Cependant, Edith Stein à l'époque de son enfance, n'est pas du tout dans le même état d'esprit de sa mère, concernant la religion. Bien que son éducation soit marquée par le judaïsme, elle tourne résolument le dos à toute croyance religieuse. En effet, à quatorze ans, animée de cet esprit de se sentir libre, qui est une caractéristique de sa personnalité, elle quitte l'école pour se rendre à Hambourg, afin de s'occuper de ses neveux et nièces. Elle s'arrête librement de prier. De cette décision, peut-on conclure qu'Edith est athée ? Dans le foyer où elle vit, la question de Dieu n'est pas présente. Edith serait plutôt dans une attitude de s'abstenir de juger l'existence ou non l'existence de Dieu. Constamment en quête de vérité et animée d'une grande rigueur morale, elle n'agit donc pas selon la volonté du Dieu d'Israël. En effet, de retour à Breslau, elle trouve dans les disciplines qu'elle étudie, un point commun : la personne humaine. Son attirance pour cette problématique, l'oriente vers la psychologie expérimentale. Ses investigations la conduisent à rechercher comment fonctionne l'être humain dans son rapport avec l'autre et le monde. Dotée de capacités intellectuelles exceptionnelles, elle a un sens particulier de l'amitié. La description qu'elle fait de ses relations amicales, se veut objective, à savoir présenter les autres avec leur caractère mais en n'omettant pas également de souligner les faiblesses et les limites. Elle a cette manière bien à elle de relater cette vie intérieure et cette joie d'être avec les autres pour échanger. Cependant, inlassablement enquête de vérité, elle est persuadée qu'elle ne trouvera pas ce qu'elle recherche, dans le courant positiviste. Un ami la met en contact avec Edmund Husserl, le fondateur de la phénoménologie. Elle découvre à Gottingen, une méthode permettant ce questionnement ontologique. Cette connaissance de l'intersubjectivité l'amène à rédiger une thèse doctorale sur l'empathie. Il s'agit de connaître l'extérieur de la personne mais également ses vécus d'intériorité. La rédaction de cette thèse intervient lorsqu'elle est infirmière à la Croix Rouge pendant la guerre. Convaincue depuis son enfance qu'elle était destinée à réaliser une grande oeuvre, elle mène une intense activité qui la conduit à de fréquentes dépressions. Elle déclare qu'elle s'est libérée de ces tensions nerveuses en rédigeant "la musique d'art" et en vivant une expérience religieuse : "un état de repos en Dieu2 .Cette expérience, toutefois, n'est pas encore synonyme d'engagement. De même, ni les études phénoménologiques ni les amis et collègues du cercle husserlien, Max Scheler et Adolf Reinach, ne feront naître sa vocation religieuse. C'est dans une grande souffrance intérieure faite de désarroi, d'interrogations mais aussi de contradictions qu'Edith s'éveille à la foi chrétienne.
2 "Edith STEIN "Causalité psychique: "Il existe un état de repos en Dieu, d'une complète relaxation de toute activité spirituelle en laquelle on ne fait pas de projet, ni de décision et on agit encore moins. Mais cela laisse tout l'avenir,tout à la volonté divine en se livrant entièrement au destin. Cet état m'a été accordé après qu'un vécu dépassant mes forces et complètement épuisé ma force vitale et me prive de toute activité. Cet afflux vivifiant apparaît comme un écoulement d'une activité d'une force qui n'est pas la mienne et qui sans exiger de la mienne quoi ce soit, devient efficace en moi"
1 Fr.Christof. Betschart. Cours d'introduction Edith STEIN "Le jour de réconciliation chez les juifs rappelle l'entrée du grand prêtre dans le temple pour sacrifier en vue du pardon des péchés de tout le peuple. Cette cérémonie est décrite dans le le Livre de la Lévitique au chapître XV
2.2. La conversion d'Edith STEIN
En 1917, elle rencontre la jeune veuve Reinach. Lorsqu'elle l'aperçoit, elle reste frappée par son attitude résignée, dans laquelle Edith devine aussitôt la puissance de la croix3. Par ailleurs, avant son baptême, Edith Stein a lu Saint Augustin et les Exercices Spirituels d'Ignace de Loyola. Un événement important intervient en 1921, lors de son séjour chez un ami. En lisant l'autobiographie de sainte Thérèse d'Avila, Edith en est bouleversée. Elle s'exclame : "Ceci est la vérité". Elle comprend à ce moment-là , que le christianisme est la référence pour les valeurs qu'elle recherche. Les arguments rationnels et athéistes ne sont rien en comparaison de la foi chrétienne. Marchant désormais sur les traces de Dieu, elle reçoit le baptême d'eau et d'Esprit, le premier janvier 1922, le jour de la fête de la circoncision de Jésus Christ. Son baptême est l'aboutissement d'une tenace recherche existentielle qui l'a conduit à cette intuition de Dieu-Vérité. Après être baptisée, Edith doit faire face à trois problèmes majeurs : l'annonce douloureuse de sa conversion à sa mère, trouver un emploi ainsi que la préparation de son entrée au Carmel. Ainsi, pendant douze années d'intense activité, elle s'épanouit comme femme et comme chrétienne. A Speyer, en tant que pédagogue, elle enseigne aux jeunes sa passion de la vérité. Elle traduit Saint Thomas d'Aquin et devient également conférencière de renommée internationale. Elle partage cette passion de la vérité avec ceux qu'elle rencontre, avec cet obsédant souci de faire grandir cette vérité personnelle. La prière qu'elle enseigne, revêt trois dimensions : apostolique, ecclésiale et christologique. A Munster, Edith considère les machinations antisémites du Troisième Reich comme une punition divine infligée à ses frères juifs et faitdésormais sienne, la destinée de son peuple. Licenciée de son poste d'enseignante parce qu'elle est juive, l'allemande entre au Carmel de Cologne le 15 avril 1933. Elle prend l'habit sous le nom de Sainte Bénédicte de la Croix en avril 1934. En 1938, elle écrivit "L'Être fini et l'Etre éternel". Toujours en quête de ce Dieu-Amour, elle intériorise la Passion du Christ en s'inspirant de Saint Jean de la Croix. Pour sainte Thérèse, la transformation de notre âme passe nécessairement par la croix. C'est-ce qu'elle décrit dans son ouvrage Scientia crucis ou "Science de la Croix" qui est une oeuvre consacrée à l'Amour qu'elle éprouve pour le Christ. Alors que la pression nazie se fait de plus en plus forte, elle décide, pour éviter de mettre en péril, la vie de ses soeurs du couvent, de se rendre chez les carmélites de Echt. Arrêtée par la Gestapo avec sa soeur,son dernier message sera" Nous partons pour notre peuple". Dans ce massacre des juifs à Auschwitz, ses dernières paroles font allusion au mystère pascal.
3. Conclusion
Femme exemplaire dans sa vie, Edith Stein est allée jusqu'au bout de son idéal, sans renoncer à ses origines juives. Elle a su, de belle manière, mettre ses idées philosophiques au service de sa quête spirituelle. Son sacrifice, comme martyre du Christ, témoigne de la hauteur de son engagement et de son immense amour pour Dieu et les hommes. Comme la Vierge Marie, elle nous prend par la main pour nous inviter à rejoindre le Christ à qui elle s'est donnée totalement.
3 Edith STEIN, La vie d'une famille juive"Ce fut ma première rencontre avec la croix et avec la force divine qu’elletransmet à ceux qui la portent […] Ce fut le moment pendant lequel mon irréligiosité s’écroula et le Christ resplendit"
THEO LOGOS DE LA CROIX
( extrait)
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