
Introduction
Les besoins énormes du moi deviennent trop souvent des sources de motivation essentielles pour l’homme. L'appropriation des richesses de ce monde l'éloigne du projet que Dieu a créé pour lui. Bien qu'ayant momentanément succombé, lui aussi, à ces sollicitations terrestres, Jean François d'Assise prit la décision de mener une vie sans « rien en propre ». Pourquoi Saint François nous convie-t-il à renoncer à tout bien ? Dans une première partie qui constitue l'axe vertical de la spiritualité franciscaine, je développerai l'idée que Dieu est la source de tout bien. La désappropriation avec ses caractéristiques seront traitées donc dans la deuxième partie de cet écrit.
1. Jésus Christ, le plus grand bien que Dieu nous a donné.
Saint François accorde beaucoup d'intérêt à l'économie de la Création et du salut. Dieu étant Créateur de l'univers, de l'ensemble des créatures, il a, de ce fait, la primauté sur toutes choses. Notre saint loue1la grandeur divine comme le prophète Isaïe. Notre être, dans sa globalité appartient à Dieu. Cette vision de Dieu chez notre Saint Séraphique s'enracine dans la Sainte Trinité. Pour François, le plus grand don que Dieu a fait par amour c'est la vie de son Fils. En mourant sur la Croix, Jésus accomplit la volonté de son Père : la rémission de nos péchés. “Cette volonté de s'en remettre à son Père”2, Jésus l'exprime en réitérant son obéissance au Jardin des Oliviers à Gethsémani. Ce qui touche davantage François c'est moins les souffrances endurées par le Crucifié, mais son obéissance à Dieu. Il y a une volonté humaine dans le Christ mais qui s'efface devant le Très haut. Ce verset biblique revient fréquemment dans les écrits de Saint François : « Oui, c’est à cela que Dieu vous a appelés. Le Christ aussi a souffert pour vous, il vous a montré le chemin, pour que vous suiviez ses traces3» Et suivre le Seigneur c'est emprunter le chemin qui nous conduit vers Dieu le Père. Pour cela, François nous invite à la désappropriation de nous même, à l'abaissement comme le fait le Christ dans son Incarnation.
2 La désappropriation, le chemin qui conduit vers Dieu le Père
Suivre Dieu est d'abord une question de volonté et de désir. Pour s'engager, le croyant doit être brûlé du désir de Dieu. La spiritualité franciscaine ne se conçoit pas sans la présence du signe du feu, de l'amour et du désir. Ce sont les conditions sine qua non pour que les frères mineurs puissent aborder ce qui est fondamental dans leur parcours : la désappropriation. Comment s'exprime-t-elle ? Etant donné donc que tout bien vient de Dieu, c’est par le renoncement de tout bien matériel que Saint François nous invite à répondre à l’appel divin. En effet, de cette désappropriation, Saint François va en faire l’expérience. Elle germera et deviendra radicale dans des expériences vécues par ce franciscain et qui vont être déterminantes dans son itinéraire spirituel. Tout d’abord, il prend connaissance de la kénose du Christ dans sa vision du Crucifié. Il entend cet appel de Jésus : ” François, répare ma maison qui tombe en ruines.” Cette interpellation du Seigneur va toucher profondément le cœur de Saint François. Un autre fait marquant va déterminer le parcours spirituel de François. Sensible à la condition des marginaux et des exclus de la société, il embrassa un lépreux qu’il rencontre à Rome en 1206, lors d’un voyage. Ces évènements lui font prendre conscience de l’objet de sa mission apostolique : se mettre au service des pauvres et de l’Eglise.
Répondre à cet appel de Dieu nécessite que le croyant se décentre de lui-même pour mieux s’approprier de la Parole divine. Obéir à dieu c’est le laisser opérer sa volonté en nous.” Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir”4. Saint François a choisi cette vocation. Effectivement, sa vie a été une écoute permanente de la Parole de Dieu. Pour ce saint, ce fut la parabole de l’homme riche5. Sa spiritualité sera profondément marquée par ces trois verbes d’action : va, vends, donne. Cette conversion se traduit par le renoncement6 à l'appropriation des choses charnelles. Se désapproprier c'est vivre spirituellement dans la quête de la sainteté et de la vertu. La désappropriation est le fondement de l’être et de l’agir chrétien du franciscain. Elle recouvre quatre aspects. L'obéissance constitue le premier aspect de la désappropriation et elle figure dans première phrase de la Règle non Bullata. L’obéissance consiste d’une part à “chercher et mettre la volonté de Dieu le Père” et d’autre part “s’obéir mutuellement dans l’Esprit Saint”. Cette désobéissance signifie le décentrement de soi pour se mettre au service de ses frères. La pauvreté, la deuxième facette de la désappropriation consiste à ne posséder le strict minimum c’est à dire ce qui est nécessaire pour vivre. L’humilité est la troisième dimension de la désappropriation. Elle concerne notre relation avec Dieu et les personnes. Humilité ne signifie pas humiliation mais l’abaissement de soi-même comme l’a fait le Christ dans le Mystère pascal. La minorité constitue l’autre facette de la désappropriation. J’ai mentionné précédemment que Saint François était fortement préoccupé par la situation des plus démunis. Cet aspect de la désappropriation touche le domaine de la vie sociale aussi bien dans la communauté des franciscains mais également dans une famille ou dans les rapports qu’on a dans le monde du travail et de la société civile.
Conclusion
A travers cet écrit, nous constatons que la désappropriation est d’abord un enseignement sur la liberté. Cette liberté du cœur et de l’esprit, Saint François l’a expérimentée tout au long de sa quête de Dieu. Il est important aussi de souligner que la charité imprègne de façon particulière la pensée de Saint François. La spiritualité franciscaine est pertinente pour la chrétienté d’aujourd’hui dans la mesure où tout le corps de l’Eglise peut imiter de cette manière, le Christ
Théo Logos de La Croix
( extrait ) (
Ajouter un commentaire